Je rêve de me fondre dans les ombres du monde.

Virevolter, délesté de tout.

Et quand viendrait la nuit, habiter en toute chose, n’avoir comme pensées que celles d’observer, d’exister, d’être sans me réfléchir ou me concevoir, être là pour être là, avoir un « moi » qui n’en serait pas. Ne plus dire « je pense » mais penser, penser les choses et m’y oublier. Cesser de m’ancrer pour mieux discerner, sous la lumière obscure, le bruissement du silence, les chuchotements intimes et les odeurs infimes. Je ne serais au centre rien, surtout pas de moi-même. Ce moi ardent qui me pèse tant deviendrait fumée, et ma fuite, ma fuite latente, une omniprésence. 

Arrête, mais continue, j’aime ça à en vomir, je voudrais, dans tes bras, tout ressentir, sans tressaillir, ne plus qu’aimer sans me figer. Tes mains, de mon visage à mon intime, je frissonne, peur et plaisir, je me répugne d’apprécier, j’aimerais me retirer, et cesser d’exister.

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Je regarde avec vertige le sol, par ma fenêtre. La nuit me frappe de son air glacial, sur mon visage, dans mes poumons, sous mes ongles.

J’ai longtemps attendu que l’on vienne me chercher. Qu’on m’emporte loin de mes pensées torturées, de mes impasses, de mon atmosphère souillé par les lendemains d’espoirs qui s’accumulent derrière moi.
J’ai longtemps attendu que cette fenêtre s’ouvre avec fracas, qu’on me dise qu’il existe un ailleurs où je baisserais les armes, où je me laisserais bercer, prospère, rassuré.
J’ai cru en chaque jour naissant. En des nouvelles réjouissantes. J’ai cru aux belles paroles, aux idées folles, je les chéris encore, un brin de nostalgie au cœur.

Je me remets à la nuit. Ici, tout s’oublie. Il ne reste rien des murmures, des rumeurs et des rancœurs. Il ne reste que moi. Mon tas de jours derrière, mes maigres espoirs, je leur tourne le dos pour contempler le noir, le néant qui m’embrasse, et le froid, qui me parle sans voix.