J’ai parfois l’impression que la douleur m’emporte, sournoisement, petit à petit. Toujours là. Toujours là.

Lentement, je me dégrade, dur de penser, dur de créer, dur d’être moi

Dans les pires jours, j’ai quelques moments de calme

Ils sont rares.

Je chéris la sérénité. Avant, elle venait tard le soir, quand la journée était passée, je contemplais la nuit sans contrainte, le lendemain me paraissait loin, j’avais tout le temps, et rien ni personne ne venait m’ennuyer.

Comment retrouver ces moments ? Plus souvent…

L’anxiété nourrit la douleur, la douleur nourrit l’anxiété

J’aimerais, sur demande, me couper du monde. Numérique, physique, peut-être même mon corps. Surtout mon corps. Oublier que j’existe pour mieux penser, créer ou juste me reposer. Mon corps m’appelle, se rappelle à moi, dring, dring, la sonnerie de ma douleur qui vient sans cesse m’interrompre, dring, dring, réveille toi, pense à ça, toujours, toujours, les années passent et pourtant… Toujours, toujours.

Comment déconnecter ?

J’envie les fuites. Les corps légers. Et ce moment, dingue, inattendu, où tout se relâche, tout s’oublie, il ne reste plus rien.

J’ai vu un certain confort en l’homosexualité. L’envie d’y trouver une explication à mes différences, l’envie que ce label me permette d’être compris. J’ai sans doute cherché, par là, à me normer, par cette porte d’entrée accéder à une forme d’ordinaire, qu’on me dise « ah, mais voilà donc la source de tes différences, j’ai compris maintenant. »

Il n’en est rien. Je ne me sens pas plus intégré, je ne me sens pas moins tordu, plié dans tous les sens pour correspondre à quelque chose qu’on attend de moi, quelque chose que je n’ai pas et dont je ne veux pas. Même un homosexuel se doit d’être ordinaire. On peut lui pardonner certaines différences, mais qui se doivent d’être caractéristiques de son homosexualité, rien de plus. Il n’y a finalement aucune place pour l’awkward, pour le bizarre, et par l’acceptation de l’homosexuel, on s’attend à ce qu’il rentre dans le rang. Tant mieux pour celleux qui n’attendaient que ça, il n’y a aucune injonction au bizarre, ce n’est juste, manifestement, pas mon cas. Mes goûts sont fortement présents, puissants, j’aime avec intensité, mais j’ai tout foutu au placard pour faire bonne figure. J’ai vraiment l’impression de m’effacer au profit de ce que je ne suis pas. D’une façade qui entre en permanence en conflit avec ce à quoi j’aspire réellement, et si j’avais cru un moment trouver une réponse en mon homosexualité, la complexité va largement au délà de mon orientation ou de mon identité de genre, ça peut sembler évident mais c’est bien plus important qu’on pourrait le penser.